12 - Inaliénable
Je suis en train de rédiger un texte de 1500 mots pour la future édition d'un recueil de textes à propos de Marcel Duchamp — j'en reparlerai plus tard quand ce sera officialisé — et à l'occasion de recherches complémentaires, je découvre cette production duchampienne "inconnue de nos services". Les sites de vente aux enchères sont souvent de bonnes sources.
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| Marcel Duchamp, certificat de lecture, 1964. Lithographie sur papier japon 100 ex |
On voit bien Arturo Schwarz dealer avec Marcel Duchamp pour qu'il participe à cette production.
Ce qui me touche dans ce texte, c'est l'usage du terme "inaliénable", car je viens de l'utiliser pour qualifier "Etant donnés 1°la chute d'eau 2° le gaz d'éclairage", installé au PhAM et qui —par contrat — ne peut être démonté et déplacé. Chef d'œuvre du XXème siècle dont une des principales caractéristiques est donc d'être inaliénable.
C'était une des préoccupations majeures de Marcel Duchamp à la fin de sa vie.
Nous, Marcel Duchamp,
Déclarons à toutes fins utiles que le porteur du présent
Certificat Inaliénable et Intransmissible
Est Lecteur Agréé et Agrégé du recueil de poèmes
De Arturo Schwarz
Intitulé
Il real Assoluto
Le porteur de ce Certificat Inaliénable et Intransmissible est seul
détenteur du Droit de Libre Lecture du dit recueil et a versé pour
Jouir de ce privilège la somme de mille lires italiennes.
Fait en cent exemplaires numérotés et signé en notre résidence
Habituelle à New-York, le 29 février de l’année bissextile 1964
Marcel Duchamp
11 - Duchamp/Picasso
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| J'ai retourné la couverture |
Je n'ai pas encore lu le livre, mais en lisant un compte rendu par https://blogs.mediapart.fr/eric-monsinjon, je suis intéressé par la question de la stratégie de Marcel Duchamp qui semble abordée dans le bouquin.
"Quand Picasso demande à ce dernier pourquoi il a arrêté la peinture, Duchamp rétorque : «je conçois la peinture comme un moyen d'expression parmi d'autres, et non comme une fin en soi». L’un des points les plus subtils du livre réside dans cette ambiguïté duchampienne. Ce dernier ne cesse de brouiller les pistes. Selon les contextes, les interlocuteurs, les moments de sa vie, son discours varie. En privé, il confie souvent ne plus vouloir peindre. En public, il prétend qu'il n'a jamais fait vœu de ne plus peindre. Ce flou savamment entretenu n’est pas une contradiction, mais une stratégie, une manière de maintenir l’œuvre dans un état de suspension, afin de ne jamais l'enfermer dans une catégorie existante. Ni peinture, ni sculpture."
La stratégie de Duchamp — que la plupart des commentateurs et critiques ne souhaitent pas vraiment aborder (trop compliqué ? trop disruptif ?) — est de très long terme, à partir de 1912 jusqu'à la fin de sa vie en 1968. Elle est axée sur la question de la validation de toute sa production plastique hors de tout jugement de goût (les mécanismes sociologiques de validation des œuvres d'art).
Cette stratégie est si opérante qu'elle continue à produire ses effets 124 années après qu'elle a débuté. Il faut juste rappeler que la rétrospective Duchamp actuelle au MoMA, qui consacre les productions duchampiennes au firmament de l'histoire de l'art, est rempli de "répliques" et de "copies" ainsi officialisées.

